Un climat de confiance avec les adultes et entre les jeunes
Ensemble scolaire François-Gondin de Chabeuil (26)
Emilie Moyroud, enseignante de français et membre de la cellule EARS-3PF
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Depuis quatre ans, l’ensemble scolaire François-Gondin de Chabeuil (26) s’est doté d’une cellule « EARS-3PF » pour déployer les séances annuelles d’éducation à la relation en même temps qu’une vigilance partagée au bien-être des élèves.
Près de Valence, à l’ensemble scolaire François-Gondin de Chabeuil, 474 élèves de la maternelle à la 3e, tout le monde se connaît. Les adultes répondent aux saluts en appelant chaque jeune par son prénom, dans la cour, ils repèrent ceux qui resteraient isolés ou les groupes anormalement agités, au self, ils surveillent discrètement l’équilibre de la composition des plateaux. Cette attention collective aux signaux faibles s’est diffusée à partir d’une cellule EARS-3PF, crée voilà cinq ans. Elle réunit quatre enseignants et personnels autour des deux chefs d’établissement, à un rythme devenu mensuel à la rentrée, mais aussi dès que le besoin s’en fait sentir, pour discuter d’une vingtaine d’élèves repérés comme plus à risque : troubles du comportement alimentaire, contexte familial de séparation ou de deuil, repli soudain, agressivité ou tristesse… Tous ces indices de mal-être, plus ou moins ténus, sont consignés, au fil de l’eau par chaque adulte de l’établissement, dans un « classeur de questionnements » rangé en vie scolaire. Dépositaires de ces informations confidentielles, les membres de la cellule peuvent apporter leur éclairage et un supplément d’âme, dans les conseils de classe ou les équipes éducatives ou encore désamorcer discrètement tout risque de harcèlement. « Notre rôle est d’offrir aux jeunes une possibilité d’écoute sans jugement afin qu’ils se sentent autorisés à aborder des sujets délicats » explique Sixtine de Bellaing, une de ses membres qui, de son poste d’assistante de direction très polyvalente, bénéficie d’une vision à 360° de l’établissement. Son bureau, situé près de l’accueil, donne sur la cour et, elle assure en roulement des permanences à la salle de repos qui fait office d’infirmerie, refuge propice aux confidences.
Des thèmes adaptés à l’âge
Parfois la cellule EARS-3PF alerte. En quatre ans, l’établissement a connu deux exclusions, réalisé une vingtaine de signalements auprès des services compétentes. « Ces chiffres sont restés stables depuis 10 ans : la culture de vigilance au bien-être des jeunes n’a pas généré un afflux de révélations mais a au contraire permis de développer un travail de prévention plus précoce, en lien avec les parents. Le règlement intérieur a aussi été remanié pour introduire des conseils de vigilance, alternatives
Avec l’enseignante de français Emilie Moyroud, elle s’est formée à l’EARS et co-anime plusieurs séances annuelles dans chaque classe, selon une progression qui adapte ses thématiques à la maturité des jeunes : connaissance de soi en 5e, adolescence et évolutions affectives en 4e, impact des phénomènes sociétaux (#MeToo, pornographie et dangers du numérique…) en 3e. Ces séances prennent des formes d’animation variées : Elles peuvent répondre, en groupe non-mixtes, à des questions préalablement posées par les élèves. Ou, comme pendant la séance qui a conclu l’année des 4e en juin dernier, amener les jeunes à s’interroger eux-mêmes. Pour cela elles s’appuient sur des témoignages vidéo d’adolescents, des apports sur les bouleversements hormonaux qui aident à comprendre et dédramatiser les sautes d’humeur et les disputes, elles incitent aussi les jeunes à se demander quel adulte pourrait être leur personne de confiance…
De quoi entraîner les compétences psychosociales des jeunes… et des encadrantes ! La callule EARS-3PF travaille également à l’élaboration d’un protocole de Santé mentale des élèves s’inspirant de la méthodologie Boussole et à l’articulation des séances EARS au programme Evars.
Pour ce faire, l’établissement a proposé une formation à ses personnels, dispensée le 26 juin dernier par la référente EARS diocésaine, Brigitte Roudière sur l’écoute active et le recueil de la parole. Elle a été suivie par la quinzaine des vingt enseignants de l’équipe et les quatre personnels de vie scolaire.
Les familles en demande
Un engouement qui réjouit Emilie Moyroud : « Nous ressentons tous cette nécessité à investir plus pleinement ces champs éducatifs. Les enseignants sont désormais outillés pour bâtir des séquences Evars en lien avec leurs programmes et la cellulle EARS-3PF restera en appui pour les y aider et compléter les apports auprès des jeunes. » Le chef d’établissement, Vincent Grégoire, arrivé l’an dernier, a pu mesurer la plus-value éducative de son équipe et la satisfaction des parents d’élèves, preuve pour lui que « les familles sont aussi en demande d’une certaine extériorité pour aborder certains sujets avec leurs propres enfants. Et que l’enseignement catholique est pleinement dans son rôle en répondant à ce besoin. »

