La méthode Snoezelen débarque en classe

École Sainte-Thérèse, Concarneau (29)
Karine Galbrun
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Chaque matin, à l’école Sainte-Thérèse de Concarneau (29), Sandrine Coat prévoit un quart d’heure de « Snoezelen », une méthode hollandaise de relaxation et de stimulation sensorielle, qui rend ses élèves de CP et de CE1 plus réceptifs aux apprentissages.

« Waouh ! », le premier écolier de CP à passer le pas de la porte de sa classe est bien enthousiaste, ce lundi matin à 8 h 30. Avant de travailler, les vingt-deux élèves de CP et de CE1 de l’école Sainte-Thérèse, à Concarneau (29), démarrent toujours la journée par un quart d’heure de détente et de rêverie… Leur institutrice, Sandrine Coat, arrive plus tôt pour tout installer : elle troque les lumières de la classe par des lampes fascinantes – à UV, à lave, à bulles, certaines projetant même des aurores boréales au plafond. L’enseignante lance une musique relaxante après avoir réparti des objets fluo aux matières variées qui stimulent leurs sens. « Certains enfants viennent de la garderie, qui est un lieu un peu bruyant, d’autres vivent des choses difficiles à la maison. Je tiens à ce qu’ils commencent l’école dans une atmosphère apaisée. » C’est la méthode Snoezelen (cf. encadré), importée des Pays-Bas et adaptée par Sandrine Coat au système éducatif. Elle allie l’utile à l’agréable : en plus de manipuler des balles, les enfants copient leur vocabulaire de la semaine sur leur ardoise.
Cette approche de sollicitation multisensorielle dans l’espace a été initialement pensée pour le secteur psychomédical. Sandrine Coat l’a testée pour la première fois l’année dernière, avec sa classe de CM1-CM2, « juste pour voir… Et j’ai tout de suite constaté des effets ». En quelques minutes, ses élèves étaient plus détendus et plus concentrés. Résultat : « Quand je commençais les apprentissages, les enfants étaient disposés à travailler ! » Marc Thiry, de l’association Snoezelen sans frontières, qui a contribué à importer la méthode en France et a formé Sandrine Coat, convient de l’intérêt de cette pratique dans le secteur éducatif. « Quand on voit les rythmes qu’on demande aux enfants… Certains adultes ne pourraient pas les tenir ! »

Une musique apaisante

Très ouverte aux innovations pédagogiques, Karine Galbrun, chef d’établissement de Sainte-Thérèse, a été séduite par le Snoezelen. « J’ai dit oui tout de suite ! », lance-t-elle en riant. Elle ne s’attendait toutefois pas à voir des résultats aussi rapides : « Sandrine Coat avait une classe pas facile à canaliser. Les élèves étaient agités dans la cour mais étrangement pas en classe, y compris en arts plastiques ! » La raison ? Sandrine Coat leur diffusait une musique relaxante. Selon elle, les enfants « enregistrent ce moment apaisant du matin et savent quand s’en souvenir pour se calmer ». Elle a particulièrement vu les bienfaits de cette pédagogie sur un élève atteint de troubles du comportement. « C’est lui qui demandait spontanément à se poser devant notre colonne à bulles quand il se déconcentrait », se souvient-elle.

La méthode hollandaise appliquée au cadre scolaire est d’ailleurs adaptée aux élèves dys ou porteurs d’un trouble de l’attention. Karine Galbrun l’imagine aussi comme une forme de pédagogie parallèle, « une façon de stimuler autre chose que des compétences scolaires ». C’est dans ce cadre que l’institutrice « observe, analyse les différents comportements » et la sensibilité des enfants. « Je peux voir qui est plus tactile, olfactif, etc. », pointe Sandrine Coat.
Si la cheffe d’établissement promeut cette approche holistique, c’est parce qu’elle a observé une évolution dans le comportement des enfants. « On sent un mal-être plus présent. Ils sont imprégnés de problèmes qui ne les concernent pas, sont plus émotifs… On ne saurait pas dire pourquoi, mais on le ressent », explique-t-elle. Et l’école Sainte-Thérèse n’est pas la seule à faire ce constat : « Les familles recherchent de plus en plus ce type d’approche », note-t-elle.

Étendre le projet

Cette recherche d’innovation semble profiter à Sainte-Thérèse, qui a rouvert une classe cette rentrée. Cela permet de répartir les élèves dans des classes moins nombreuses. Après une année de test, le Snoezelen est donc adopté chez les CP-CE1. Désormais, « le but serait d’en faire profiter toute l’école », déclare Karine Galbrun. Cette année, elle va déménager son bureau afin de laisser une pièce entièrement dédiée au Snoezelen. « Quand les enfants sentiront qu’ils sont énervés, ils pourront venir s’y réfugier, et plutôt que de punir un élève, on pourra l’envoyer dans cette salle », commente la directrice. Sandrine Coat aimerait y installer un matelas à eau, mais l’investissement est important. Pour l’instant, l’école a financé 500 € de matériel avec l’excédent du budget de Noël. « On peut commencer avec des choses pas très chères », souligne l’enseignante. 
La méthode rayonne dans le département, grâce à l’intervention de Sandrine Coat auprès d’autres établissements. Mark Thiry prend toutefois des précautions face à un éventuel effet de mode : « Ce serait dommage que d’autres écoles imaginent qu’il suffit d’acheter quelques objets pour faire du Snoezelen. Le matériel est seulement un médiateur. » Ce qui compte avant tout pour lui, «c’est l’atmosphère créée, propice au relationnel entre enfants et avec 
eux-mêmes».