Apprendre à s’écouter
Collège Saint-Joseph - La Salle, Auxerre (89)
Julien Vitry, Enseignant animateur de la Webradio
Envoyer un e-mail
Animer une webradio est une manière de se frotter au métier de journaliste. À Auxerre (89), les élèves et les enseignants du collège Saint-Joseph – La Salle découvrent aussi que c’est un outil puissant pour apprendre à écrire, regarder, s’écouter et s’exprimer.
La porte à peine ouverte, la salle se met à grouiller comme une rédaction. Et de fait, c’en est une. Chaque vendredi à 12 h 45, les élèves du collège auxerrois Saint-Joseph – La Salle se retrouvent et animent une webradio. Tout le monde n’est pas assis qu’une interview commence dans le studio d’à côté. Que se racontent-ils ? Professeur de mathématiques et animateur du projet, Julien Vitry hausse les épaules : « Aucune idée. » Les jeunes sont aux manettes, expérimentent. Lui est là pour orienter, soutenir, conseiller, trancher quand il faut décider de diffuser, de réenregistrer, ou de passer à autre chose.
Ouverture au monde
En quelques années, Saint-Jo a intégré le réflexe webradio. Le mercredi après-midi, les reporters sportifs couvrent les compétitions entre collèges. Alternativement, les jeunes courent après un ballon, interviewent les adversaires, se préparent à un nouveau match ou à une nouvelle course.
« Ils sont très autonomes, témoigne Julien Arnaud, enseignant d’EPS. Nous leur transmettons les dates des rencontres et ils arrivent avec leur enregistreur et leur appareil photo. » Julien Arnaud suit leur
travail de loin, s’amusant à observer l’évolution des questions des 6es au fil de l’année. Parfois, il se permet quelques remarques. Il s’implique davantage quand le projet de webradio en croise d’autres, comme la visite du village-départ lors d’une étape du Paris-Nice en 2024. Une occasion de voir le sport d’une autre manière et, entre autres, de goûter les boissons énergétiques des coureurs afin de parler nutrition.
« Les élèves avaient préparé l’interview de Thomas Voeckler [ex-cycliste, aujourd’hui journaliste pour France Télévisions, ndlr]. On les a aidés à repérer d’autres interlocuteurs et à les interpeler car ils sont timides », rapporte l’enseignant d’EPS.
Professeure de français, Élodie Malfondet apprécie aussi cette pédagogie de projets qui rassemble les disciplines et suscite l’intérêt des élèves. Illustration récente avec l’intervention d’une autrice et d’un maître verrier dans le cadre de travaux sur le Moyen Âge. Les élèves avaient préparé cet échange et leurs questions ont nourri celles des jeunes reporters : « Comme le théâtre, c’est une manière d’ouvrir les jeunes sur le monde et un travail intéressant d’écoute, de prise de notes et d’expression », insiste l’enseignante.
S’enregistrer, et surtout s’écouter, « ça nous permet ensuite d’être plus à l’aise à l’oral », et « ça nous pousse à davantage articuler », confirment Zoé et Capucine, toutes deux en 5e dans la classe de Céline Thépaut-Daubrée, autre professeure de français convertie à la culture de l’audio. « Je demande aux élèves de réaliser, chez eux, des bandes-annonces sur les romans qu’ils lisent, explique-t-elle. Ça les oblige à écrire ce qu’ils vont dire, puis ça leur permet de s’entendre, d’écouter les remarques des autres élèves… et d’avoir une autre finalité que la note. » Quand ils ont terminé, l’enseignante réalise un montage pour une diffusion à l’antenne.
Ce volet ludique de l’exercice n’a rien d’un détail : « Quand j’ai commencé en classe, nous avions bricolé un jeu radio, un quiz sur les triangles, se souvient Julien Vitry. C’était avec des 5es et ils sont allés très loin, avec des notions que l’on apprend plutôt en fin de collège ou au lycée. Quand ils sont investis, ils n’ont vraiment pas de limites. » Le défi technique est d’ailleurs moins important qu’il n’y paraît. Sacha, en 4e, très vite aguerri, fréquente plutôt l’atelier pour apprendre à créer son sujet.
Un quiz sur les triangles
François-Xavier Willig, le chef d’établissement, se félicite de ce que la webradio de Saint-Jo s’étende cette année au lycée et fasse désormais partie du paysage et de l’univers sonore de son équipe. « Je suis curieuse, confie Élodie Malfondet. Alors j’écoute ce que font les élèves et j’apprécie de répondre à leurs interviews sur des sujets variés. Pour eux et nous, c’est une manière de se voir autrement. » Entre-temps, la porte du studio s’est ouverte, révélant enfin le thème de l’interview mystère. Elsa pose des questions plutôt intimes à l’un de ses camarades sur son hyperactivité. Preuve qu’un micro peut parfois briser bien des barrières.

>> Radio Saint-Jo’Auxerre sur : audioblog.arteradio.com

