Voyage au Pays du soleil de minuit

École Sainte-Catherine, La Flotte-en-Ré (17)
Aude Levray, chef d'établissement
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Sur l’Île de Ré, l’école Sainte-Catherine, à La Flotte-en-Ré, a emmené l’année dernière ses CM1-CM2 en Norvège pour un voyage de découverte. Un séjour qui a renforcé l’envie des élèves de préserver leur propre patrimoine.

Seul établissement catholique de l’Île de Ré, la dynamique école Sainte-Catherine, à La Flotte-en-Ré (17) – 100 élèves de la toute petite section au CM2 et une quatrième classe ouverte cette année –, cultive une pédagogie axée sur la nature, la créativité et l’international, dans la ligne des intuitions de sa tutelle congréganiste, le réseau Sagesse Saint-Gabriel. En mars dernier, elle a fait vivre à ses élèves de CM1-CM2 une expérience rare : une semaine en Norvège, terre de fjords et de pratiques environnementales innovantes.
« C’était le point d’orgue d’un travail entamé il y a quatre ans autour des aires marines éducatives [cf. encadré, ndlr], dispositif de l’Éducation nationale invitant les élèves à gérer une portion d’espace naturel proche de leur école », explique Aude Levray, la cheffe d’établissement. Initialement, elle rêvait de les emmener au Canada, mais les difficultés d’obtention des visas l’ont amenée à choisir un pays plus accessible. Elle se rapproche alors d’une mère d’élève, Camille Parrain, enseignante-chercheuse à l’université de La Rochelle spécialisée en géographie physique des espaces océaniques côtiers et hauturiers (cf. interview page suivante). Celle-ci se rend régulièrement en Norvège et ouvre à l’école son carnet d’adresses pour bâtir un séjour de découverte du pays en faisant la part belle aux initiatives écologiques.
Dominique Le Corre, ancien délégué de tutelle formé au conte, prépare les élèves au voyage en les faisant travailler sur des images mentales que leur inspire le Pays du soleil de minuit.
Aude Levray, également enseignante en CM1-CM2, leur fait lire La Course au pôle sud, sur l’exploit de l’explorateur Roald Amundsen qui y a planté le drapeau norvégien en 1911. Et se démène pour réduire le prix du voyage en organisant brocantes, ventes de gâteaux, recherche de mécénat… Tout cela ajouté à une aide de l’Apel. Résultat : 700 euros par élève, échelonné en dix paiements.

Bouées filtrantes

Le 8 mars 2025, le groupe de vingt enfants et quatre adultes s’est envolé pour Oslo. Oscar, Augustine et Louka, tous trois éco-délégués, y ont été marqués par leur rencontre avec Georgia Carnovale, de l’association Marea. « Elle a créé un système pour protéger les fjords », s’émerveille Augustine. Les élèves ont fabriqué avec elle une bouée écologique reliée à un filin et un poids, pour que les tuniciers – de petits organismes filtrants – se fixent et assainissent l’eau. Le passage au Musée du Fram, navire mythique d’Amundsen dont la proue est toujours visitable, compte aussi parmi leurs meilleurs souvenirs. « La grandeur du bateau m’a impressionné et le parcours du musée était super : on avait des torches et on ressentait le vent, la neige, comme les explorateurs ont dû le vivre », témoigne Louka.
À Fredrikstad, petite bourgade située à l’embouchure du fleuve Glomma, l’immersion continue sous la neige, pour le plus grand bonheur des élèves : visite d’un vieux gréement restauré par un passionné local, découverte d’une cabane flottante construite en matériaux recyclés, concours photo dans un parc naturel enneigé. « C’était la première fois qu’on voyait autant de neige, c’était magique ! À l’Île de Ré, on n’en a pas ! », se réjouit Louka.

Une mascotte-troll

Les élèves se rendent aussi dans une école norvégienne pour échanger sur leurs différences : « Les enfants norvégiens se déplacent en chaussons dans la classe, bricolent avec des matériaux récupérés », se souvient Oscar. Accompagnatrice du voyage, Camille Parrain les a initiés à la lecture des paysages : « On est montés sur un bateau qui longeait la rive et on devait dessiner le paysage, qui évoluait au fur et à mesure : les maisons, le port, la zone industrielle », évoque Augustine. « Ce voyage leur a fait ressentir la philosophie de ce de pays, où la préservation de l’environnement est un mode de vie, avec un rapport à la nature différent, des villes très silencieuses car tout le monde roule à l’électrique », note Charlotte Lebrun, enseignante accompagnatrice. Pour Guilhaine Roger, comptable, qui était aussi du voyage, il a aussi permis aux adultes de « renforcer les liens avec les élèves ». Le soir, les enfants racontaient leur journée par l’intermédiaire d’une mascotte-troll baptisée Trognon, dans un message envoyé sur WhatsApp aux familles.
Restée à La Flotte, Aude Levray partageait avec les élèves des autres classes l’aventure des plus grands : « Ils avaient des défis et des recherches à faire en fonction du programme des visites. »
À leur retour, les écoliers ont présenté leurs photos lors d’une soirée avec les familles.
Ce voyage a sans nul doute renforcé leur envie de préserver encore plus les dunes, marais et plages de l’Île de Ré. L’établissement a d’ailleurs amorcé une démarche pour rejoindre le réseau des Écoles associées de l’Unesco, afin de poursuivre cette dynamique. De prochains projets se dessinent déjà au parc naturel de La Grainetière, nouveau refuge de la Ligue pour la protection des oiseaux, situé à une vingtaine de minutes de l’établissement…